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un_francais_sur_quatre_d_extreme_droite_-_mon_œil

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Le texte qui suit a été écrit pour la feuille de choux d'un ami, je me suis dit qu'il pourrait intéresser des personnes sur Seenthis. Ce premier article est un extrait d'un travail plus large de compilation de statistiques électorales, de tentatives de visualisation et d'analyse pour comprendre l'évolution de l'extrême droite. Je publierai d'autres articles, éventuellement sous forme de zoom sur des points précis.

« Un français sur quatre d'extrême droite » ? Mon œil !

Et si contrairement à ce que certains journalistes, sondologues et dirigeants politiques répètent à tue-tête il n’y avait pas d’explosion de l’extrême droite en France ? Pourtant, le Front National n’a-t-il pas fait 25 % aux dernières européennes de 2014 – score inégalé en 30 ans de nuisances ? Mais 25 % de quoi ? Des votants. Nuance de taille puisqu’aux élections européennes la norme est à 60 % d’abstention. Là où les experts les plus raffinés voient « un français sur quatre » voter pour l’extrême droite, il n’y aurait en fait «qu’un » inscrit sur 10. Pire, « oublier» l’abstention revient souvent à mépriser les abstentionnistes, à réduire leur action à un caprice non politisé ou à croire qu’ils vot(erai)ent comme les votants – alors que précisément ils ont agi différemment et qu’il s’agirait de comprendre pourquoi. Quant à l’analyse en nombre de voix, elle masque l’accroissement de la population. Aux élections présidentielles, on est ainsi passé de 36,4 millions d’inscrits en 1981 à 41,2 en 2002 et 46 millions en 2012.

Moins qu’en 1994

Autre rupture que nous proposons pour bien analyser la situation : ne pas réduire l’extrême droite au FN puisqu’il y a aussi le Mouvement national républicain (MNR, crée en 1999 par Bruno Mégret) et le Mouvement pour la France1) (MPF, crée en 1994 par Philippe de Villiers puis rejoint par Guillaume Peltier et Jacques Bompard). Ainsi le score de 10,1 % des inscrits, apparait comme historique si on ne prend en compte que le FN mais se révèle inférieur aux 11,4 % réalisés par l’extrême droite en 1994 (5,25 % FN et 6,16% MPF). Raisonner ainsi permet aussi d'expliquer autrement ce nouveau succès du FN. En 1984 c’est par les européennes que l’extrême droite fait son grand retour : 6 % des inscrits votent pour elle. Or par la suite, l’extrême droite ne va cesser de voir son score diminuer à ces élections. On observe des rebonds seulement en 1994, avec l’arrivée du MPF, et en 2014. Précisément deux moments où, contrairement à toutes les autres élections européennes, au moins une partie de l’extrême droite a affirmé des positions fermement anti- Europe, ce qui semble plus fédérer et mobiliser son auditoire.

Puisque la question des frontières de l'extrême droite et de leur extension est abordée, il est inquiétant de noter à quel point ses obsessions, sa lutte contre la démocratie, ses actes et propos violents et stigmatisant sont répandus tant à l'UMP qu'au PS - mais est-ce nouveau ou un renouveau ?

Supprimer les présidentielles

Enfin, cessons d’analyser les résultats « tout type d’élections » confondus. Prenons chaque type isolément et sur la longue durée. En France, les deux pôles sont l’élection présidentielle - avec un taux moyen à 13 % (si on n’oublie pas le MPF en 1995) - et les élections municipales avec 3 % en moyenne. La principale variable qui pourrait expliquer cette différence est le « nombre de scrutins » par type d’élections : 36 000 pour les municipales, un pour la présidentielle. Ainsi les municipales nécessitent un important ancrage social et territorial et une puissance militante massive et fédératrice, un engagement bien plus fort que des votants qui tous les deux ans vont déposer leur haine dans l'urne. À l’inverse, l’ élection présidentielle nécessite un budget conséquent pour distribuer de la propagande et organiser des meetings ainsi que de bons relais dans les sphères du pouvoir central et des médias de masse. Ces différences permettraient d’expliquer partiellement le récent succès de l’ extrême droite aux départementales (12 % des inscrits2) contre 6 % habituellement), puisque le nombre de scrutins est passé de 4000 à 2000 – au passage l'extrême droite n'en a remporté qu'une trentaine.

Ainsi un espoir apparaît. Et si pour réduire massivement l’extrême droite, le moyen le plus efficace était de renforcer la démocratie en augmentant significativement, pour un type d’élection donnée, le nombre de scrutins, en réduisant la taille des circonscriptions tout en augmentant le nombre d’élus, donc de citoyens contrôlant le pouvoir ? Sans oublier de supprimer les élections favorables à une aristocratie médiatisée au premier rang desquelles l’élection présidentielle.

1)
Malheureusement ce parti d'extrême droite est toujours invisibilisé dans les « divers droite ». Sa présence n'est donc identifiable et isolable qu'aux élections qui ont peu de scrutins, de listes etc. comme les européennes, les régionales et les présidentielles.
2)
Mais aux départementales seul 93 % du corps électoral était appelé à voter puisque Paris, Lyon, la Guyane et la Martinique n'étaient pas concernés. Le score fictif de l'extrême droite au niveau national devait donc être d'environ 11,5 %.
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